notes·de·pit

Parfois j'apprends à pêcher à des gens qui n'aiment pas le poisson

Visite des copies

un robot essayant d'écrire à la plume

Aujourd’hui, c’était visite des copies, le moment où les étudiants et étudiantes viennent… voir leur copie et comprendre pourquoi ils ou elles ont raté ou bien ont si peu ou encore, ce qu’il faut faire pour la seconde session. C’est éventuellement l’occasion de vérifier qu’il n’y a pas une erreur.

Pour la petite histoire, j’ai mis 16,5/20 à un étudiant très assidu et très à l’aise dans un de mes cours. Au moment d’écrire sa cote, j’ai été surpris qu’il n’ait pas plus. Vu le nombre de copies à corriger, j’ai refait un tour de mon bocal et suis passé à la copie suivante. En vrai 1 je m’étais trompé dans son total. Bouh. Le jour de la visite des copies, il vient me voir et l’on parcourt sa copie. J’ai effectivement lu un peu trop vite sa feuille et nous constatons ensemble que son total n’était pas correct non plus.

HOU !
Deux erreurs.
Corrigées.

La visite des copies a un sens.


Chez un collègue, un autre étudiant. Une autre situation. Puis j’entends l’étudiant, qui a 8/20, demander sans ambage 2 : y a pas moyen d’avoir 10 ? Heu… comment te dire ? Non.

La visite des copies n’a aucun sens.


La visite des copies n’est pas le lieu pour gratter des points. Spoiler alert, il n’y a pas de moment pour ça. Ça peut paraitre dur mais 10/20, c’est une mauvaise cote. Oui, ça valide le cours mais c’est pas bon. Parfois, on diplôme des personnes qui ont ±10 partout. Elles réussissent alors sans mention. Elles n’ont pas satisfait, ne se sont pas distinguées. Elles ont validé tout juste, tous leurs crédits.

C’est dommage.
C’est médiocre.
C’est pas grave.

Des résultats médiocres
La réussite à 10.
Le paysage de l’enseignement supérieur.
Les points de balances en balance…

Deux, trois autres étudiants se sont présentés pour avoir un retour sur leur défense. J’explique un peu, je précise les aspects plus faibles que j’ai constatés.
That’s all
Normal.

La visite des copies a un sens.


Cette visite des copies part d’une bonne intention comme l’enfer en est pavé et malgré ses dérives, elle me permet, chaque année, de penser, repenser, mon évaluation. Depuis belle lurette, je ne corrige plus, mais j’évalue.

Je ne corrige plus, j’évalue.

C’est une différence qui est toujours difficile à expliquer : l’évaluation n’est pas toujours une simple somme de points, c’est une appréciation globale sur la maitrise des compétences visées.

Lorsque c’est une somme de points, je fais un QCM (questionnaire à choix multiples) et je teste de la restitution, de l’identification de bonnes réponses, de la compréhension voire de la mise en application pour des cas simples. Des connaissances déclaratives (savoir que…) et c’est tout. Pour tester des compétences procédurales (savoir comment… produire, créer, argumenter, expliquer, synthétiser…), je dois m’y prendre autrement. Mon évaluation n’est plus une somme de points. Elle est plus globale. Elle peut paraitre plus floue.

L’envie de choisir une évaluation globale plutôt qu’une somme de points est encore plus prégnante avec l’arrivée de l’IAG (intelligence artificielle générative). Parce que ce que l’étudiant ou l’étudiante n’a pas produit à l’instant devant moi n’est pas garanti fait maison. Un projet, un travail fait en partie à la maison doit être défendu oralement (évaluation authentique). Cette défense est centrale et permet à l’étudiant ou l’étudiante de confirmer qu’elle est l’autrice des choix d’implémentation, qu’elle les comprend et peut les expliquer. La note est intimement liée à la prestation orale et est plus difficilement justifiable. C’est loin d’être une somme de points. Elle valide ou invalide des éléments d’une grille de correction sans en faire une somme.

« Explique moi tes choix. Maintenant. Sans tes notes. Sans ton code sous les yeux. Juste ton cerveau et toi. »

Finalement, cette visite des copies — lorsqu’elle n’est pas un marchandage — reste un bel espace pour parler de progression plutôt que de chiffres.


Crédit photo Gemeni : A vintage, slightly rusty clockwork robot sitting at a wooden school desk, awkwardly holding a traditional quill pen. The robot is trying to write on a pile of aged parchment papers. Soft cinematic lighting, dusty atmosphere, “Steampunk meets old classroom” aesthetic. Hand-drawn illustration style with fine ink lines and subtle watercolor textures. Minimalist background to focus on the struggle of the robot with the delicate pen.


  1. J’essaie de parler jeune. 

  2. Oui, je parle vieux