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Parfois j'apprends à pêcher à des gens qui n'aiment pas le poisson

2 périodes en plus, osef

un tableau sur lequel est écrit  "#larevolutiondescraies"

Deux périodes en plus, on s’en fout !

#laRévolutionDesCraies

On me dira que j’ai facile à dire, que je ne suis pas concerné. Faux. Deux périodes de 50 minutes, ce n’est pas rien : c’est du travail en plus, non rémunéré, qui aura un impact réel sur l’emploi. 2000 emplois. Mais réduire la réforme à ça, c’est tomber dans le piège du bashing habituel : ben oui, enseignants - fainéants. Et ils et elles pleurent pour 100 malheureuses minutes ? Sauf qu’une période face classe, ce n’est pas 50 minutes. C’est de la préparation, de la correction, de la veille, de l’évaluation. Même pour les personnes les plus expérimentées.

Ces deux périodes masquent le reste.

On s’en fout parce que ça cache la mise en place de nouvelles grilles horaires dans le secondaire où l’on sacrifie les cours d’arts au profit des maths et du numérique. Les maths, très bien. Le numérique, pourquoi pas. Mais deux heures, au mieux de code, au pire de Microsoft Excel avec IA pour être à la mode, dans des écoles où les ordinateurs sont vétustes, où le réseau rame, où un prof maintient bénévolement l’infra… c’est pas crédible.

On s’en fout car on demande de plus en plus aux enseignants de faire de l’intégration — d’accueillir des élèves à besoins spécifiques et de multiplier les aménagements raisonnables — sans baisser d’un iota la taille des classes. Gérer les dyslexies, les dys de tout genre ou les TDAH à 24 ou 26 élèves par classe sans sur-encadrement, c’est de la magie, pas de la pédagogie. En retirant les moyens du pacte d’excellence, on transforme une belle idée humaine en un épuisement quotidien pour les profs et une frustration pour les jeunes élèves.

On s’en fout, parce qu’on lance un test CLÉ — calculer, lire, écrire — sans donner les moyens de remédiation. Oui, 220 postes, c’est mieux que rien. Mais quand les professionnels disent déjà que le CEB et le CE1D sont trop simples, on peut craindre un test de plus qui creuse les inégalités plutôt qu’il ne les réduit. Et relever le taux de réussite à 60 % ne changera rien au fond. On commence à peine à s’habituer à cette réussite à 50 %

On s’en fout, parce que la rationalisation du qualifiant et du professionnel ferme l’accès à certaines 7e professionnelles pour les élèves ayant leur CESS. Résultat : des métiers importants — technicien en climatisation, en automobile, en maintenance — deviennent accessibles uniquement via des formations pour adultes, mieux adaptée dit-on et… payantes. Une « alternative ». Vraiment ?

On s’en fout, car le CDIE — le fameux CDI enseignant — est présenté comme une avancée. Fini la précarité, vive la stabilité. Finis aussi les mauvais profs indéboulonnables. Sauf que ce CDI dépendra du Pouvoir Organisateur. Un PO qui pourra déplacer ses jeunes profs d’une école à l’autre, parfois à des dizaines de kilomètres. Et surtout : un CDI privé n’offre pas la même protection qu’un statut. Le statut n’est ni un privilège ni du confort, c’est le gage d’une indépendance pédagogique.
Que se passera-t-il demain si un prof aborde un sujet sensible — EVRAS, sciences, littérature engagée — et que cela déplait à sa direction ou à la commune ?
Le statut protège l’école. Le CDI fragilise l’enseignant.

Soyons honnêtes : tout n’est pas à jeter. Le retour aux sources du décret Paysage, l’obligation de réussir son BLOC1 en deux ans, l’interdiction des smartphones à des fins récréatives… ce sont de bonnes mesures.

Ces réformes ne sont pas mauvaises par hasard. Elles dessinent un projet cohérent : faire porter la responsabilité de l’école sur l’individu — l’enseignant, la famille — plutôt que sur le système. L’objectif — conscient ou non — est de laisser les mieux dotés s’en sortir, et de faire porter le chapeau aux enseignants plutôt qu’à l’enseignement.

Si on retire les moyens sans retirer les objectifs, ce ne sont pas les profs qui échoueront. Ce sont les élèves. Les citoyens de demain.