notes·de·pit

Parfois j'apprends à pêcher à des gens qui n'aiment pas le poisson

Nous, c'est le goût.

tomate. variété : têton de vénus

Nous, c’est le goût.

D’aussi loin que remontent mes souvenirs, c’est la seule pub dont je me souviens qui parle du goût du produit. Pas du prix, pas de la promo, pas du « 2+1 gratuit ». Juste du goût.

Aujourd’hui, je ne parle pas de pub sexiste qui te donne une érection en allant travailler ou qui t’impose un vélo rose pour ta fille alors qu’elle préfère un rouge. Aujourd’hui, on parle de prix et de bouffe.

Le sujet du jour, ce sont les pubs qui ne parlent que du prix de la bouffe 1.

Lidl : « Chaque jour, les fruits et légumes les plus frais, au prix le plus bas du marché. »
Colruyt : « Les prix les plus bas, toute l’année. »
Aldi : « Le choix malin » ou « La qualité au meilleur prix. »
Intermarché : « Tous unis contre la vie chère. »

2+1 gratuit.
2+2 gratuit.

Qu’en est-il de la qualité ?
Quel intérêt porte-t-on à la qualité ?

Parfois je mange une tomate hors saison dans un sandwich ou dans un plat reçu quelque part. Aucun goût. En saison, je mange des tomates du jardin ou de mon maraicher — en l’occurrence ma maraichère — qui sont goutues. Rien à voir ; l’une est là pour être vendue, l’autre pour être mangée.

La qualité des fruits et légumes par exemple n’est pas comparable d’un supermarché à l’autre. Contrairement à une canette identique partout, une tomate reste une tomate, mais sa fraicheur, son origine et ses conditions de culture varient. Les hypermarchés et les supermarchés jouent sur cette opacité en limitant le choix et en augmentant la rotation — ce qui réduit effectivement les pertes (estimées entre 5 et 7%) — et en prétendant ainsi offrir des produits plus frais. C’est malin, mais c’est aussi flou. Il est en fait très facile de mentir avec des chiffres quand on oublie de parler de qualité.

Quel respect a-t-on envers le producteur ou la productrice ?

Les producteurs ou productrices à taille humaine « moyenne » — comme les brasserie du coin 😉 — subissent une pression énorme de la part des hypermarchés qui dictent les prix, laissant peu de marge. Comment faire du « 2+2 » quand tu n’as pas l’énorme économie d’échelle des gros.

Pour les maraichers et maraichères — petites structures par essence — rares sont les magasins qui les acceptent à un prix juste. Il faut donc mettre en place de la vente directe, du CSA (Community Supported Agriculture, Agriculture Soutenue par la Communauté) ou toute autres initiatives locales comme les groupes d’achat. Ce ne sont pas des solutions parfaites ni accessibles à tout le monde — je l’entends. Si la fin du mois est difficile, le prix bas n’est pas un choix mais une contrainte. Le système est cynique : il ne propose pas un choix, juste une illusion d’un bon prix.

Le système ne récompense pas la qualité ni le respect du travail — il écrase simplement celles et ceux qui cherchent une production locale à taille humaine. Quand je dis à taille humaine, il s’agit d’entreprises de moins de 60, 70 personnes où les gens se connaissent et peuvent entrer en relation. Locale s’il s’agit de privilégier le circuit court. Les deux gardant une marge juste et une qualité contrôlée.

Je suis convaincu qu’on peut manger sainement, en respectant les producteurices, à un prix raisonnable. Mais pour ça, il faudrait des pubs où l’on dit : « Ce produit est bon. Il a du goût. Il est fait correctement. »

Pas juste « moins cher ».
Pas juste « malin ».
Pas juste « prix le plus bas ».

Du goût.
De la qualité.
Du respect.

La prochaine fois que tu entends « prix le plus bas », demande-toi : au prix de quoi ?


Crédit photo, tomate de la variété « Téton de Vénus » au hasard du web.


  1. Je passe rapidement sur le grand remplacement du mot « emprunt » lorsque tu empruntes de l’argent pour acheter ta voiture par « renting financier ». Wouah, marqueteu·se2 c’est quand même le boulot des bullshits mots. Il ne faut pas (encore) de renting financier pour acheter sa bouffe. Je sais qu’il faut parfois compter ou faire attention à la fin de mois — et on y reviendra. 

  2. J’utilise sciemment un point médian parce que je suis un sale woke gauchiste. LOL… qui écrit des LOL parce que je reste un peu coincé en 1995.