notes·de·pit

Parfois j'apprends à pêcher à des gens qui n'aiment pas le poisson

Écrire à la main

extrait de texte mal écrit janv. 2026

Les corrections sont terminées.
Je n’aime pas trop corriger.

Certaines copies ou parties de copies sont illisibles. Un peu comme un électroencéphalogramme pendant une crise d’épilepsie ? Je ne les blâme pas, aujourd’hui, on tape. On swipe. On dicte… et on n’écrit plus. L’écriture manuscrite est devenue est en voie de disparition. Optionnelle ? Désuète ?

Un collègue me dit d’ailleurs que l’an prochain, les étudiants et étudiantes pourraient répondre « sur pc » pour que ce soit lisible.

Mais non.

Lorsque la main forme, le cerveau apprend

J’ai vu passer une vidéo de Grégoire Borst, psychologue, relatant une étude dans l’enseignement de la lecture. L’écriture manuscrite participe à l’apprentissage de la lecture. Le fait de former les lettre à la main permet de mieux les reconnaitre. C’est de la motricité fine. Celle là qui est utilisée pour le laçage des lacets. Exit les scratchs, donc.

L’écriture manuscrite est également plus lente — enfin, normalement. Si l’on ne tape pas à 2 doigts. Et cette lenteur est précieuse. Tout d’abord parce que tout va trop vite mais surtout parce que l’écriture étant plus lente que la pensée, le cerveau a le temps de synthétiser l’information. De l’assimiler. De la digérer. Quand on écrit à la main, on ne se contente pas de recopier bêtement, on enclenche une pensée plus analytique, plus délibérative.

Dans la même vague, il est prouvé que les personnes qui prennent des notes à la main se souviennent de plus d’éléments d’un cours que celles qui tapent sur un clavier. Pourquoi ? Parce qu’elles ont dû faire des choix. Trier. Reformuler. Synthétiser. Pendant qu’on écrit, on pense.

— Pour un prof d’info, tu es rétrograde.
— Pas vraiment.

Je le disais déjà jadis, en tant que futur informaticien ou informaticienne, un bon apprentissage est de connaitre son clavier. Mais pas que.

Comment bien commencer son bachelor en informatique.

Il est tout autant important de pouvoir prendre note. Et prendre note, c’est écrire.

Prendre note avec le système Cornell.

Sans écrire, j’ai peur que l’on ne retienne rien. On collecte des données sans les traiter. On remplit un disque dur sans index.

Bien écrire, c’est toucher quelqu’un. C’est réussir à exprimer clairement ses idées. Ça prend du temps. Ce temps permet de réfléchir au message que l’on veut transmettre. De le soigner. Ce temps passé, l’engagement du corps et de l’esprit donnent une autre dimension au texte écrit. On y met plus de soi. Et ça accroit sa valeur.

C’est sûr, les prochains examens seront encore manuscrits.

En ce début 2026, je sais qu’écrire à la main n’est pas un retour en arrière. Je sais qu’il est temps de ralentir. De reprendre un bic. De former des lettres. De laisser le cerveau faire son travail pendant que la main trace.


Cet article s’inspire d’une vidéo de Grégoire Borst, psychologue et professeur de psychologie du développement et de neurosciences cognitives de l’éducation.

Crédit photo, extrait d’une copie.